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ARTICLE IA & technologie

L’IA pourrait nous libérer du travail. Pourquoi faudrait-il encore gagner sa vie ?

Si l’IA permet de produire davantage sans travail humain, comment vivrons-nous ? Du revenu universel au capital citoyen, une réflexion sur notre liberté économique.

Début de l’article — 15 min de lecture

Dans mes 2 précédents articles, j’ai exploré une hypothèse assez particulière : l’intelligence artificielle pourrait nous permettre de produire davantage de richesses avec beaucoup moins de travail humain. J’avais d’abord imaginé un chômage français atteignant 20 % en 2030, puis je m’étais demandé si cette diminution du besoin de travail ne pouvait pas, finalement, constituer une excellente nouvelle.

Après tout, cela fait des siècles que nous inventons des machines pour nous faciliter la vie. L’agriculture, l’industrie, l’informatique… Nous avons toujours cherché à produire davantage en fournissant moins d’efforts. Et maintenant que l’IA commence à automatiser certaines de nos compétences intellectuelles, nous devrions nous inquiéter de ne plus avoir suffisamment de travail ?

Mais il reste un problème. Si nous avons besoin de moins de personnes pour produire, comment celles qui ne travaillent plus pourront-elles continuer à vivre ? C’est précisément la question sur laquelle je terminais mon précédent article. Aujourd’hui, notre revenu provient essentiellement de notre travail. Si ce travail devient moins nécessaire, il faudra bien trouver un autre moyen de distribuer la richesse produite.

Le revenu universel semble être une réponse assez évidente. Pourtant, en creusant le sujet, je me demande si nous n’allons pas devoir imaginer quelque chose d’un peu plus ambitieux. Et si, plutôt que de simplement donner un revenu à chacun, nous lui donnions les moyens de devenir financièrement indépendant ?

1. Une économie qui produit beaucoup, mais pour qui ?

Revenons à un mécanisme assez simple. Une entreprise emploie 100 salariés pour produire 1000 unités par jour. Quelques années plus tard, grâce à l’IA et à l’automatisation, elle peut en produire 2000 avec seulement 20 personnes. C’est une réussite économique considérable, elle a doublé sa production avec 5 fois moins de salariés. Seulement, que deviennent les 80 autres ? Et surtout, qui va acheter les 2000 unités produites si une partie des consommateurs a perdu son salaire ?

C’est tout le paradoxe. Une entreprise peut devenir extrêmement productive sans que la population dispose nécessairement de davantage d’argent pour acheter ses produits. On pourrait donc se retrouver dans une situation assez absurde où nous serions capables de produire énormément de biens et services, mais où des millions de personnes n’auraient plus les moyens de les consommer.

Évidemment, cela ne signifie pas que l’économie va obligatoirement fonctionner ainsi. Les prix peuvent diminuer, de nouveaux métiers peuvent apparaître et les entreprises peuvent développer de nouveaux marchés. Mais cela suppose que les revenus continuent de circuler suffisamment dans la société. Le FMI évoquait déjà en 2024 le risque que l’IA favorise davantage les détenteurs de capital et accentue certaines inégalités.

Finalement, le problème n’est peut-être pas que nous manquerons de richesses. C’est que celles-ci pourraient être produites par des machines appartenant à une minorité, alors que la majorité des individus dépend toujours d’un salaire pour vivre.

Et c’est ici que le revenu universel devient intéressant.

2. Le revenu universel, oui, mais pour faire quoi ?

En 2016, j’écrivais déjà un article intitulé « Avec un revenu de base, que va-t-on faire de nos journées ? ». À l’époque, je me demandais surtout comment nous occuperions notre temps si nous n’étions plus obligés de travailler. Dix ans plus tard, je réalise que j’avais peut-être posé la question dans le mauvais ordre. Avant de savoir ce que nous ferons de nos journées, il faudrait déjà avoir suffisamment d’argent pour les vivre correctement.

Imaginons que nous instaurions un revenu universel de 1000 € par mois. Dans certaines régions, cette somme pourrait permettre de vivre modestement. En revanche, à proximité de Genève, où les loyers sont particulièrement élevés, 1000 € ne suffiraient même pas à payer un appartement. La personne devra donc continuer à travailler pour payer ses factures. Nous aurons certes amélioré sa situation, mais elle restera dépendante de son salaire.

À quoi bon instaurer un revenu universel si celui-ci permet uniquement de survivre ? Je ne dis pas qu’il faudrait verser 100 000 € par mois à chaque citoyen, mais simplement que chacun devrait pouvoir vivre correctement, voyager, entreprendre, s’acheter des choses et surtout ne plus ressentir cette pression permanente de devoir gagner de l’argent pour payer ses factures.

Cependant, une autre hypothèse m’est venue récemment à l’esprit. Et si l’IA faisait tellement diminuer le coût de production des biens et services que nous n’avions finalement plus besoin de beaucoup d’argent ?

Imaginons une baguette produite automatiquement à 5 centimes, des produits manufacturés à quelques dizaines de centimes et une grande partie des services devenus extrêmement abordables. Dans ce monde, 1000 € pourraient représenter un pouvoir d’achat considérable. Nous aurions toujours le choix d’acheter notre baguette à 1,60 € chez un boulanger, simplement parce que nous préférons son savoir-faire ou le contact humain. Mais nos besoins essentiels coûteraient beaucoup moins cher.

Ce scénario reste évidemment hypothétique. L’énergie, les matières premières, le transport et les infrastructures continueront de coûter quelque chose. Et surtout, rien ne garantit que les entreprises répercuteront tous leurs gains de productivité dans leurs prix. Néanmoins, il permet d’imaginer que notre liberté économique pourrait augmenter sans que nos revenus augmentent nécessairement dans les mêmes proportions.

Mais je vois encore une limite. Admettons que tout soit très bon marché dans mon village et que je puisse vivre tranquillement avec 300 € par mois. C’est formidable, mais si je souhaite partir au Japon pendant 3 mois, créer une entreprise ou simplement changer de pays, comment faire sans capital ? Je pourrais vivre confortablement toute mon existence, mais sans jamais avoir les moyens de réaliser certains projets.

Et c’est précisément cette différence qui m’intéresse : avoir les moyens de vivre n’est pas la même chose qu’avoir les moyens de choisir sa vie.

3. Et si chaque citoyen disposait de son propre capital ?

Je vais volontairement pousser l’hypothèse assez loin. Imaginons qu’en 2038, la France ait constitué un gigantesque fonds d’investissement collectif grâce aux gains de productivité, aux participations publiques dans certaines entreprises et à différents investissements. Ce fonds posséderait des actions, des infrastructures et d’autres actifs qui produiraient des revenus.

À partir de 18 ans, chaque citoyen disposerait d’un droit sur une fraction de ce capital. Et lorsque je parle de capital, je n’imagine pas simplement 10 000 ou 100 000 €. Je pense à plusieurs millions d’euros sur l’ensemble d’une vie, dans une économie future devenue beaucoup plus productive.

Prenons volontairement 10 millions d’euros. Cela représente évidemment une somme considérable, mais étalée sur 70 ans, elle permettrait théoriquement de disposer de près de 12 000 € par mois, sans même compter les rendements éventuels. L’objectif ne serait pas de verser 10 millions sur le compte bancaire d’un jeune de 18 ans, mais de lui ouvrir progressivement des droits sur un patrimoine collectif qui continuerait à fructifier.

Certains décideraient de dépenser peu et de conserver leur capital. D’autres souhaiteraient voyager, investir dans des entreprises ou financer leurs projets. Les retraits seraient encadrés pour éviter de compromettre l’ensemble du fonds, mais chaque individu garderait une grande liberté dans l’utilisation de ses ressources. À son décès, les droits non consommés sur ce capital collectif retourneraient au fonds pour bénéficier aux générations suivantes.

En revanche, je conserverais la propriété privée et l’héritage familial. Le patrimoine que quelqu’un construit au cours de sa vie lui appartient et peut être transmis à ses enfants. Le capital citoyen serait différent : un droit universel, identique pour tous, indépendamment de la richesse de sa famille.

Pourquoi le donner également à un enfant de milliardaire ? Parce que le patrimoine de ses parents ne lui appartient pas nécessairement. Il peut même ne jamais en bénéficier. Si nous voulons réellement parler de liberté individuelle, celle-ci ne devrait pas dépendre de la générosité de ses parents.

Ce modèle ne supprimerait donc pas les inégalités. Certains deviendraient extrêmement riches grâce à leurs investissements, à leur travail ou à leur entreprise. D’autres préféreraient vivre tranquillement en consommant progressivement leur capital. Mais tous disposeraient initialement de moyens financiers leur permettant d’envisager plusieurs trajectoires de vie.

Je trouve cette perspective beaucoup plus intéressante qu’un revenu qui permettrait simplement de payer son logement et de faire ses courses. Le capital pourrait donner à chacun la possibilité de faire des choix qu’il n’aurait jamais pu envisager autrement.

4. Une idée qui existe depuis plus de 200 ans

En réfléchissant à ce système, je pensais avoir imaginé une idée assez originale. Et puis j’ai découvert que plusieurs économistes et philosophes avaient déjà exploré des propositions très proches.

En 1797, Thomas Paine proposait, dans Agrarian Justice, la création d’un fonds national permettant de verser un capital de 15 livres à chaque personne atteignant 21 ans, puis une pension annuelle à partir de 50 ans. Son raisonnement reposait sur la propriété foncière : puisque la terre existait avant son appropriation privée, une partie de sa valeur devait pouvoir bénéficier à l’ensemble de la population. Il ne souhaitait pas abolir la propriété privée, mais permettre à chacun de bénéficier d’un patrimoine commun.

En 1964, l’économiste James Meade s’intéressait lui aussi à une meilleure répartition de la propriété du capital dans Efficiency, Equality and the Ownership of Property. Plus récemment, Matt Bruenig proposait en 2018 un Social Wealth Fund, un fonds collectif dans lequel chaque adulte disposerait d’une part donnant droit à un dividende.

Il existe même un exemple concret en Alaska. Grâce au Permanent Fund Dividend, les résidents remplissant les conditions reçoivent chaque année une somme issue du système de financement adossé au patrimoine de l’État. En 2025, ce dividende était de 1000 dollars par personne. Nous sommes loin d’une indépendance financière, mais le principe existe déjà. Source : Alaska Department of Revenue.

Finalement, mon idée n’a rien de révolutionnaire dans son principe. Ce qui change aujourd’hui, c’est la perspective d’une économie dans laquelle les machines pourraient produire une part beaucoup plus importante des richesses. Si la valeur provient de plus en plus du capital, pourquoi ne pas faire en sorte que les citoyens en possèdent eux aussi une fraction ?

5. Mais est-ce économiquement possible ?

C’est évidemment là que les choses se compliquent. Donner 10 millions d’euros de droits à 50 millions de personnes représenterait 500 000 milliards d’euros. C’est gigantesque, et nous ne pouvons pas simplement créer cette somme et considérer que la richesse correspondante existe. Même si personne ne dispose immédiatement de son capital, le fonds devra posséder suffisamment d’actifs et générer assez de revenus pour financer progressivement les retraits.

Je ne suis pas économiste et je ne prétends pas avoir trouvé le système qui pourrait remplacer notre modèle social actuel. Mais je pense que l’hypothèse mérite d’être posée, à condition de reconnaître qu’elle dépend entièrement de notre capacité à produire davantage de richesses réelles.

On pourrait imaginer une mise en place progressive sur 15 ou 30 ans. En 2038, les premiers droits seraient relativement modestes, puis augmenteraient avec les performances du fonds et les gains de productivité. Les citoyens ne pourraient pas retirer l’intégralité de leur capital dès le premier jour. Le système évoluerait avec les capacités économiques du pays, sans promettre aujourd’hui des sommes que nous ne sommes pas capables de financer.

Reste la question de l’alimentation du fonds. Pourquoi l’État ne récupérerait-il pas des actions lorsqu’il finance certaines entreprises, plutôt que de leur verser uniquement des subventions ? Une partie des recettes fiscales pourrait également être investie. Nous pourrions même réfléchir à une fiscalité davantage fondée sur les dépenses que sur les revenus : plus une personne consomme, plus elle contribue au financement collectif, tandis que l’argent épargné peut continuer à être investi. Nicholas Kaldor avait d’ailleurs déjà développé l’idée d’un impôt personnel sur les dépenses en 1955.

Ce mécanisme ne créerait évidemment pas de richesse supplémentaire à lui seul. Il permettrait simplement de faire circuler une partie des revenus vers le fonds. Et si les prix diminuent fortement grâce à l’automatisation, les recettes fiscales pourraient elles aussi diminuer. Il faudra donc trouver un équilibre entre ce que l’économie produit, ce que les citoyens consomment et ce que le fonds doit conserver pour les générations suivantes.

Le fonds devrait également être géré de manière indépendante, transparente et sous contrôle démocratique. Je trouve d’ailleurs intéressante l’idée que les citoyens puissent participer à ses grandes orientations. Après tout, si nous disposons collectivement d’un patrimoine aussi important, pourquoi ne pas apprendre dès l’école à comprendre son fonctionnement, les investissements et les décisions qui engagent notre avenir ?

Évidemment, cela pose énormément de questions. Quels investissements privilégier ? Combien distribuer chaque année ? Comment traverser les crises financières ? Et comment éviter qu’un gouvernement décide un jour de puiser dans cette réserve pour financer ses dépenses ?

Je n’ai pas les réponses à toutes ces questions. Mais ce que je cherche à imaginer n’est pas un système où l’argent serait gratuit. C’est un système où la richesse produite par les machines pourrait progressivement financer la liberté économique des citoyens.

6. Le travail deviendrait un choix, et non plus une obligation

Imaginons maintenant que ce système fonctionne. Une partie importante des citoyens dispose de suffisamment de ressources pour ne plus avoir besoin de travailler. Est-ce que tout le monde arrêterait son activité du jour au lendemain ? C’est possible pour certains, mais je ne suis pas convaincu que ce serait le cas de la majorité.

Prenons une personne disposant de 3000 € mensuels garantis. Elle peut vivre correctement, mais elle souhaite s’acheter une belle voiture ou partir plusieurs mois en voyage. Pourquoi ne continuerait-elle pas à travailler quelque temps pour financer ce projet ? Si son emploi lui rapporte 2000 € supplémentaires, elle dispose désormais de 5000 € par mois. Le travail devient simplement un moyen d’augmenter plus rapidement son patrimoine ou de financer ses envies.

Et puis certaines personnes aiment leur métier. Un enseignant peut prendre plaisir à transmettre des connaissances, un médecin à soigner ses patients, un artisan à fabriquer des objets. Pourquoi cesseraient-ils nécessairement ces activités sous prétexte qu’ils n’ont plus besoin du salaire pour vivre ?

En revanche, les métiers que personne ne souhaite exercer pourraient devenir beaucoup plus rémunérateurs. Imaginons qu’un hôpital manque cruellement d’infirmiers. Il pourrait proposer 5000 €, puis 7000 € si les postes restent vacants. À ce niveau, les candidatures pourraient affluer et les rémunérations finiraient par s’ajuster selon le nombre de personnes disponibles, les compétences demandées et les besoins réels. Cela ne garantirait évidemment pas que tous les métiers indispensables soient très bien payés, mais les employeurs devraient davantage convaincre les individus de venir travailler.

C’est précisément ce qui changerait. Aujourd’hui, nous acceptons parfois un emploi parce que nous n’avons tout simplement pas les moyens financiers de le refuser. Demain, nous pourrions décider de travailler parce que les conditions nous intéressent réellement.

Et notre rapport aux études pourrait lui aussi évoluer. Pourquoi considérer qu’une personne ayant passé 6 ans en médecine avant de changer de voie aurait perdu 6 années de sa vie ? Elle a acquis des connaissances, développé des compétences et découvert un domaine qui ne lui convient finalement plus. Si sa survie économique n’en dépend pas, pourquoi ne pourrait-elle pas reprendre des études, entreprendre ou essayer complètement autre chose ?

Je retrouve d’ailleurs cette situation dans mon propre parcours. J’ai consacré plus de 10 ans au marketing digital, un métier que j’aime toujours, mais dont une partie des compétences est maintenant automatisable par l’IA. Je donne aujourd’hui également des cours particuliers et j’y trouve une autre forme de satisfaction. Ce changement ne me rend pas moins compétent ou moins utile, mais il m’oblige à reconstruire une partie de mon activité professionnelle. Avec une véritable indépendance financière, je pourrais faire ces choix sans devoir constamment calculer combien il me reste pour payer mes factures.

Le travail pourrait donc continuer à exister, mais son caractère obligatoire diminuerait considérablement. Certains chercheraient à devenir plus riches, d’autres préféreraient consacrer leur temps à leurs enfants, à l’art, au jardinage ou simplement à leurs loisirs. Et finalement, pourquoi faudrait-il absolument justifier son existence par une activité rémunérée ?

7. Et si nous mesurions enfin notre liberté économique ?

Chaque année, nous commentons les mêmes indicateurs : la croissance, le PIB, le chômage ou encore le pouvoir d’achat. Ils sont évidemment importants, mais je trouve qu’il en manque un. Combien de Français peuvent aujourd’hui décider d’arrêter de travailler sans se demander comment ils vont payer leur loyer le mois prochain ?

Prenons une personne qui gagne 4000 € par mois, mais qui possède 3800 € de charges. À côté, une autre gagne 2500 €, possède son logement et ne dépense que 1000 € mensuels. La première gagne davantage, mais est-elle réellement plus libre économiquement ? Et si une troisième disposait de suffisamment de patrimoine pour vivre pendant 20 ans sans travailler, comment la comparer aux 2 autres ?

C’est pour cette raison que j’aimerais imaginer un indice de liberté économique effective. Un indicateur qui ne mesurerait pas seulement ce que nous gagnons, mais notre capacité à vivre dignement sans dépendre obligatoirement d’un emploi. Le patrimoine, les dépenses contraintes et le coût de la vie auraient évidemment leur importance. Ce ne serait pas un remplacement du PIB, mais une autre façon de mesurer notre progrès.

Quand j’étais enfant, j’entendais parler du recul de l’extrême pauvreté dans le monde. J’aimerais qu’à mes 50 ou 60 ans, nous puissions entendre aux informations : « La proportion de citoyens capables de vivre dignement sans accepter un emploi contraint est passée de 15 % à 40 %. »

Les chiffres sont fictifs, mais imaginez ce qu’une telle annonce représenterait ! Des millions de personnes qui pourraient enfin décider de l’utilisation de leur temps sans être constamment préoccupées par leurs factures. Personnellement, je trouverais cela autrement plus enthousiasmant qu’une augmentation de 2 % du PIB.

Et si c’était ça, le progrès ?

Depuis des millénaires, nous essayons d’améliorer nos conditions de vie. Nous avons développé l’agriculture, construit des habitations, inventé des machines, des médicaments et des milliers de services pour rendre notre existence plus confortable. Chaque génération a tenté de se libérer d’une partie des contraintes que subissait la précédente. Pourtant, nous continuons à consacrer une grande partie de notre vie à gagner suffisamment d’argent pour simplement pouvoir vivre.

Je ne sais pas si l’IA permettra un jour de produire suffisamment de richesses pour rendre le travail facultatif. Je ne sais pas non plus si mon hypothèse de capital citoyen pourrait fonctionner économiquement. Les montants sont considérables, les contraintes nombreuses et nous sommes encore loin de pouvoir imaginer précisément une telle société. Mais je pense que cette perspective mérite d’être explorée, plutôt que de continuer à considérer le travail comme une obligation immuable.

Je ne souhaite pas une société où plus personne ne travaille. Au contraire, je pense que nous continuerons à créer, entreprendre, enseigner, soigner, inventer et développer des activités qui nous passionnent. Simplement, nous pourrions le faire parce que nous en avons envie et non parce que nous avons des factures à payer.

Finalement, après avoir passé des siècles à inventer des machines pour travailler moins, il serait tout de même paradoxal de réussir à nous libérer d’une grande partie du travail sans réussir à nous libérer de l’obligation de gagner notre vie.

Et si le véritable progrès n’était pas de produire toujours davantage, mais de pouvoir enfin choisir ce que nous voulons faire de notre temps ?